UNE IMAGE SOUVENT TROMPEUSE

Le bouddhisme est généralement perçu comme une voie très ouverte, très libre et peu dogmatique, où chacun pourrait finalement pratiquer comme il l’entend.

Beaucoup de personnes associent ainsi le bouddhisme à une forme de philosophie de vie assez souple dans laquelle il n’existerait pas de véritable engagement à respecter.

Et pourtant, la réalité est souvent bien différente de l’image que l’on s’en fait.

Tant que l’on lit quelques livres, que l’on s’intéresse à la méditation ou que l’on apprécie certaines valeurs bouddhistes, cette question ne se pose pas forcément.

Mais lorsque l’on souhaite réellement suivre cette voie spirituelle et devenir bouddhiste, on découvre alors que cet engagement s’accompagne de préceptes très précis.

En effet, dans le bouddhisme, devenir bouddhiste passe traditionnellement par ce que l’on appelle la prise de refuge.

Or, la prise de refuge n’est pas simplement une cérémonie symbolique destinée à marquer son appartenance à une tradition.

Elle représente un véritable engagement intérieur qui s’accompagne de préceptes enseignés par le Bouddha.

LES PRECEPTES DU REFUGE

Traditionnellement, il appartient aux maîtres qui confèrent les vœux de refuge d’enseigner ces préceptes.

Les préceptes du refuge sont au nombre de neuf et sont répartis en trois catégories :

  • trois préceptes portant sur ce qu’il convient d’abandonner ;
  • trois préceptes portant sur ce qu’il convient de cultiver ;
  • trois préceptes supplémentaires propres au Vajrayana.

Connaître ces préceptes est essentiel avant de s’engager dans la voie bouddhiste, car c’est leur compréhension qui permet de préserver les vœux de refuge le plus fidèlement possible.

À l’inverse, ignorer ces préceptes risque de conduire, souvent sans même s’en rendre compte, à affaiblir, endommager, voire rompre les vœux de refuge.

LES TROIS CHOSES A ABANDONNER

Voici les trois premières choses que le pratiquant s’engage à abandonner en prenant refuge.

Ces préceptes ne doivent pas être vus comme des interdictions arbitraires ou comme des limitations imposées au pratiquant. Ils reposent au contraire sur la cohérence de la voie enseignée par le Bouddha et ont pour objectif d’aider le pratiquant à progresser sur cette voie afin d’en obtenir les fruits.

Ils permettent de protéger le refuge, de préserver la confiance du pratiquant et d’éviter certaines attitudes qui risqueraient de l’éloigner progressivement du chemin spirituel.

Les trois choses que le pratiquant s’engage à abandonner sont les suivantes :

  • après avoir pris refuge dans le Bouddha, abandonner les autres refuges ;
  • après avoir pris refuge dans le Dharma, abandonner le fait de nuire aux êtres ;
  • après avoir pris refuge dans la Sangha, abandonner les fréquentations qui détournent de la voie.

Voyons maintenant chacun de ces préceptes plus en détail.

1. Après avoir pris refuge dans le Bouddha, abandonner les autres refuges

En prenant refuge dans le Bouddha, on s’engage à ne plus se remettre sous la protection, rechercher l’aide ou chercher refuge auprès de supports extérieurs à la voie bouddhiste.

Dans les enseignements, il est expliqué que nous ne devons plus rendre hommage, c’est-à-dire nous prosterner ou rechercher protection et refuge auprès d’autres supports, qu’il s’agisse de dieux ou de divinités d’autres religions, de maîtres spirituels non bouddhistes, d’esprits de la nature, de pratiques chamaniques, de médiums, de tarots, de guides énergétiques ou encore d’autres voies religieuses ou spirituelles.

Il est important de comprendre que ce précepte ne repose pas sur une forme de sectarisme ou sur le rejet des autres traditions spirituelles.

Selon les enseignements du Bouddha, tant qu’un être demeure dans le samsara, même s’il possède de grandes qualités ou de hautes réalisations spirituelles, il reste lui-même soumis à l’existence conditionnée.

De ce fait, il ne peut pas constituer un refuge ultime capable de conduire les êtres à la libération complète de la souffrance.

Par ailleurs, les différentes traditions spirituelles reposent souvent sur des vues, des objectifs ou des chemins différents de ceux enseignés par le Bouddha. Prendre simultanément plusieurs refuges risquerait donc d’introduire de la confusion et d’affaiblir la cohérence de la voie que l’on a choisi de suivre.

C’est pourquoi le pratiquant bouddhiste se doit de respecter ces différentes traditions. Il peut reconnaître leurs qualités et vivre en harmonie avec elles, tout en réservant son refuge au Bouddha, au Dharma et à la Sangha.

2. Après avoir pris refuge dans le Dharma, abandonner le fait de nuire aux êtres

En prenant refuge dans le Dharma, on s’engage à ne plus nuire volontairement aux êtres.

Ce précepte concerne l’ensemble des êtres sensibles et ne se limite pas aux seuls êtres humains.

Ainsi, certaines activités deviennent difficilement compatibles avec cet engagement, comme la chasse, la pêche ou toute activité impliquant le fait de tuer volontairement des êtres vivants.

Selon les enseignements, tant que nous demeurons sous l’emprise de l’ego et des désirs égoïstes, nous ne sommes pas réellement capables de conduire les êtres à la libération.

Toutefois, prendre l’engagement de ne plus leur nuire constitue déjà une manière de les aider et de contribuer à leur bien-être.

Il est important que ce précepte ne reste pas une simple compréhension intellectuelle, mais qu’il devienne un réel engagement intérieur.

D’ailleurs, dans les enseignements, il est dit que nous devrions nous entraîner à ne plus nuire aux êtres, même en rêve.

Cela montre à quel point cet engagement est destiné à imprégner progressivement l’ensemble de notre manière d’agir, de penser et de nous exprimer.

3. Après avoir pris refuge dans la Sangha, abandonner les fréquentations qui détournent de la voie

Le troisième précepte consiste à abandonner les fréquentations qui détournent de la voie.

Ce précepte est parfois mal compris. Il ne signifie pas qu’un bouddhiste devrait vivre uniquement entouré d’autres bouddhistes ou couper les liens avec les personnes qui ne partagent pas sa foi.

En effet, dans la plupart des pays occidentaux, les pratiquants vivent naturellement entourés de personnes ayant des croyances, des opinions ou des modes de vie très différents.

Ce précepte vise plutôt les fréquentations qui risquent d’affaiblir progressivement notre confiance dans le refuge et dans le Dharma.

Il vise en particulier les personnes qui critiquent ouvertement le maître spirituel, le Bouddha, le Dharma ou la Sangha, qui rejettent totalement la loi du karma ou qui cherchent activement à détourner le pratiquant de la voie qu’il a choisie de suivre.

Cela ne signifie pas qu’il faille les détester ou les rejeter. Le pratiquant doit continuer à cultiver le respect, la bienveillance et la compassion envers tous les êtres.

Cependant, lorsque nous passons beaucoup de temps auprès de personnes exerçant ce type d’influence, nous risquons progressivement de nous laisser entraîner par leurs vues et de perdre peu à peu notre confiance dans le refuge.

Les enseignements comparent parfois cela à une jeune pousse qu’il faut protéger. Tant que notre refuge n’est pas encore devenu parfaitement stable, il est important de veiller aux influences qui nourrissent notre pratique plutôt qu’à celles qui risquent de l’affaiblir.

LES TROIS CHOSES A CULTIVER

Une fois que l’on a pris refuge, il y a également trois choses que nous devons nous efforcer de cultiver.

Cela consiste à témoigner du respect envers les différents supports de notre refuge, c’est-à-dire tout ce qui représente le Bouddha, le Dharma et la Sangha.

Pour beaucoup d’Occidentaux, cette notion de respect n’est pas toujours facile à comprendre.

Nous avons souvent tendance à considérer ces supports comme de simples objets extérieurs, sans toujours percevoir qu’ils représentent réellement notre refuge.

Dans les enseignements, il est expliqué qu’il existe réellement une dimension subtile et énergétique liée au haut et au bas du corps.

Ainsi, le sommet de la tête est considéré comme l’endroit le plus respectueux du corps, tandis que le bas du corps, et notamment les pieds, en représentent la partie la moins respectueuse.

C’est pour cette raison que les supports du refuge doivent être placés en hauteur, que l’on évite de les poser au sol, de les enjamber ou encore de les placer dans des endroits considérés comme irrespectueux (là où l’on s’assoit, là où l’on pose ses pieds ou encore mélangés à des objets ordinaires).

Pour la plupart des Occidentaux, l’intégration progressive de ces attitudes dans les gestes du quotidien demande du temps, car ces codes ne font généralement pas partie de l’éducation que nous avons reçue.

1. Cultiver le respect envers les représentations du Bouddha

Cela concerne toutes les représentations du Bouddha, des maîtres spirituels ou des divinités, que ce soit sous forme de statues, de thangkas, de peintures, de photographies ou de tout autre support les représentant.

Ces supports ne doivent plus être considérés comme des objets mondains ou ordinaires, mais comme des représentations de notre refuge auxquelles nous devons témoigner le plus grand respect à travers nos gestes et notre manière de les traiter.

Dans les enseignements, il est même expliqué que le respect ne dépend pas de la qualité matérielle ou de l’état de ces supports. Ainsi, même une représentation abîmée ou un simple fragment de statue représentant le Bouddha demeure un support digne de respect.

Nous pouvons les placer un instant sur le sommet de notre tête, considéré comme la partie la plus respectueuse du corps, afin d’en recevoir la bénédiction, puis les déposer dans un endroit propre et approprié.

Cette vigilance s’étend à de nombreuses situations auxquelles nous ne pensons pas toujours spontanément.

Par exemple, lorsqu’une image d’un Bouddha ou d’un maître spirituel se trouve en fond d’écran de notre téléphone portable, on évitera de placer celui-ci dans une poche de pantalon ou dans tout autre endroit inapproprié.

De même, si nous possédons un vêtement comportant une représentation du Bouddha ou d’une divinité, nous éviterons de le mélanger avec du linge sale ou de le traiter sans considération particulière.

Nous éviterons également de nous faire tatouer des représentations du Bouddha ou de divinités sur la partie basse du corps.

Nous éviterons également de poser ces supports là où l’on s’assoit ou là où l’on pose ses pieds, comme sur un lit, un coussin, un fauteuil ou tout autre endroit similaire.

Tous ces exemples sont là pour nous aider à faire le lien entre ce précepte et des comportements souvent accomplis par habitude et sans réelle conscience de ce qu’ils impliquent.

2. Cultiver le respect envers les représentations du Dharma

Cela inclut tous les supports contenant la parole du Bouddha, que ce soit sous forme de textes ou de mantras, c’est-à-dire les livrets de pratique, les livres contenant des enseignements bouddhistes, les prières ou les mantras imprimés sur des drapeaux, gravés sur des pierres, ou encore tout autre support portant un enseignement du Dharma.

Ainsi, ne serait-ce qu’une seule syllabe d’un enseignement ou d’un mantra doit être considérée comme une représentation du joyau du Dharma.

Traditionnellement, les supports du Dharma sont placés au-dessus des supports du Bouddha, car ce sont eux qui nous montrent directement le chemin de la libération.

Comme pour les représentations du Bouddha, nous devons donc nous efforcer d’adopter à leur égard une attitude respectueuse et de les traiter en conséquence.

Par exemple, en Occident, nous avons souvent l’habitude de lire beaucoup de livres du Dharma.

Il nous arrive souvent de les placer sur des supports où l’on s’assoit ou sur lesquels on se couche, ou encore de les mélanger avec des objets ordinaires comme une tasse de café ou divers objets du quotidien.

Ils sont parfois placés sous un escalier, ce qui revient symboliquement à marcher au-dessus des enseignements du Dharma.

On peut même parfois retrouver des livres du Dharma dans les toilettes.

Concernant les drapeaux de prières, nous veillerons à ne pas les accrocher dans des endroits irrespectueux, à ne pas les enjamber ou encore à ne pas les jeter à la poubelle.

Nous éviterons également de nous faire tatouer des mantras ou des syllabes sacrées sur la partie basse du corps.

Tous ces exemples illustrent le manque de conscience et de connaissances que nous pouvons avoir concernant le respect dû aux supports du Dharma.

3. Cultiver le respect envers les représentations de la Sangha

Cela inclut spécialement la communauté monastique.

Dans le bouddhisme, la communauté monastique occupe une place centrale, car c’est elle qui permet de préserver, de maintenir et de faire croître les enseignements du Bouddha au fil des générations.

Contrairement aux laïcs, les moines et les moniales consacrent leur vie à l’étude, à la pratique et à la réalisation des enseignements du Bouddha.

C’est pour cette raison que la communauté monastique occupe une place si importante dans le bouddhisme et que ses vêtements sont considérés comme des supports représentant la Sangha.

Traditionnellement, les couleurs rouge et jaune étaient réservées aux moines et aux moniales, et les laïcs ne portaient généralement pas ces couleurs.

Aujourd’hui, cette distinction n’existe plus de manière aussi stricte, mais ces couleurs demeurent fortement associées à la Sangha.

Comme pour les représentations du Bouddha et du Dharma, nous devons donc nous efforcer d’adopter à l’égard des supports de la Sangha une attitude respectueuse et de les traiter en conséquence.

Par exemple, lorsque nous sommes en présence d’un moine ou d’une moniale, nous devons faire attention à ne pas marcher sur leurs vêtements, leurs robes monastiques ou leur zen.

Nous éviterons également de les enjamber, ainsi que tout ce qui se rapporte aux vêtements monastiques, aux robes de pratique laïques ou aux capes de méditation.

Lors de grands enseignements ou de grands rassemblements en Asie, il est fréquent de voir des pratiquants occidentaux enjamber des moines ou des moniales, ou encore marcher sur leurs vêtements afin de circuler plus rapidement.

C’est précisément l’un des comportements auxquels nous devons apprendre à être vigilants, car il va à l’encontre du respect que nous devons témoigner à ce support de notre refuge qu’est la Sangha.

LES TROIS PRECEPTES SUPPLEMENTAIRES

Dans le véhicule du Vajrayana, il existe trois préceptes supplémentaires liés au maître spirituel.

En effet, dans ce véhicule, le maître spirituel occupe une place centrale, car il est considéré comme l’union vivante des Trois Joyaux.

Son corps est la Sangha, sa parole le Dharma et son esprit le Bouddha.

Pour cette raison, les enseignements expliquent que déplaire volontairement au maître spirituel par le corps, la parole ou l’esprit revient à renier les Trois Joyaux eux-mêmes.

Ainsi, les pratiquants du Vajrayana s’entraînent à reconnaître en leur maître spirituel l’union essentielle des Trois Joyaux et à développer envers lui la confiance et le respect qui découlent de cette compréhension.

1. Considérer le maître spirituel comme le joyau du Bouddha

Le premier de ces préceptes consiste à considérer le maître spirituel comme le joyau du Bouddha.

En effet, c’est lui qui nous enseigne ce qu’il convient d’adopter et ce qu’il convient d’abandonner. C’est également grâce à lui que nous recevons les enseignements, les transmissions et les instructions qui nous permettent de progresser sur la voie.

Pour cette raison, nous devons nous efforcer de lui témoigner du respect, de l’honorer et de le servir avec une attitude juste.

Dans les enseignements, il est même expliqué que nous devons éviter tout comportement irrespectueux à son égard. Il est ainsi dit que l’on ne doit même pas marcher sur son ombre, tant le respect envers le maître spirituel est considéré comme important dans le Vajrayana.

2. Considérer la parole du maître spirituel comme le joyau du Dharma

Le deuxième de ces préceptes consiste à considérer la parole du maître spirituel comme le joyau du Dharma.

En effet, c’est à travers ses enseignements et ses instructions que nous recevons concrètement les moyens de progresser sur la voie. Sa parole nous transmet les enseignements du Bouddha et nous montre comment les mettre en pratique.

Ce précepte nous invite à éviter d’agir à l’encontre des instructions que nous avons reçues de notre maître spirituel, mais au contraire à nous entraîner progressivement à les suivre.

3. Considérer les disciples de notre maître spirituel comme le joyau de la Sangha

Le troisième de ces préceptes consiste à considérer les disciples de notre maître spirituel, c’est-à-dire les frères et sœurs de Vajra, comme le joyau de la Sangha.

Il s’agit des pratiquants laïcs ou monastiques qui partagent le même maître spirituel et qui reçoivent les mêmes transmissions.

Les enseignements expliquent que nous devons les respecter physiquement, verbalement et mentalement, et ne jamais leur causer de la peine, ne serait-ce qu’un instant.

Nous devons au contraire développer envers eux l’harmonie, la bienveillance et l’esprit de coopération.

Cela souligne l’importance de préserver des relations harmonieuses entre frères et sœurs de Vajra, car elles participent directement à la préservation du lien spirituel qui nous unit à notre maître.

CONCLUSION

La prise de refuge ne se limite pas à la cérémonie au cours de laquelle nous recevons les vœux de refuge.

C’est notre capacité à intégrer progressivement ces préceptes et à les mettre en pratique qui va donner toute sa profondeur et tout son sens à notre refuge.

Pour cette raison, il est important de prendre le temps de les étudier, de s’en souvenir, de s’en imprégner et de s’entraîner progressivement à les appliquer.

Ces préceptes constituent en effet la base sur laquelle repose l’ensemble du chemin bouddhiste. Ils forment le fondement sur lequel pourront s’appuyer toutes les pratiques et tous les accomplissements futurs de la voie.

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L’accusation d’« hypocrisie » vient souvent d’une vision morale tout ou rien.
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