COMMENT CONCILIER SA PRATIQUE DU DHARMA ET SA VIE FAMILIALE?
QUAND LE DHARMA BOUSCULE NOTRE ENTOURAGE
La découverte du Dharma, peu parfois devenir une rencontre déterminante dans notre vie. Dans ce cas, la pratique prend une place de plus en plus importante jusqu’à devenir un élément central de notre existence.
Pour nos proches, cette évolution n’est pas toujours facile à comprendre. Au début, beaucoup pensent qu’il s’agit simplement d’un nouvel intérêt ou d’une passion passagère. Comme pour n’importe quelle activité, ils imaginent souvent que cet enthousiasme finira par s’estomper avec le temps.
Mais lorsque les mois ou les années passent, ils constatent que cet engagement non seulement ne disparaît pas, mais qu’au contraire il occupe une place de plus en plus importante dans notre vie. De plus, il transforme progressivement notre manière de voir le monde et nos priorités.
Ce changement intérieur peut alors susciter des interrogations, des incompréhensions, des inquiétudes ou parfois même certaines tensions au sein de notre entourage.
PARLER TOUT LE TEMPS DU DHARMA
Lorsque nous découvrons le Dharma et que cette rencontre nous touche profondément, il est naturel d’éprouver un grand enthousiasme. Nous avons parfois l’impression d’avoir trouvé quelque chose de si précieux, comme un trésor, que nous souhaitons en faire profiter ceux que nous aimons.
Il arrive alors que nous parlions beaucoup des enseignements, du maître spirituel ou encore de la pratique. Nous pensons que nos proches comprendront et ressentiront la même joie ou le même intérêt que nous.
Cependant, c’est rarement le cas et cela peut parfois produire chez eux l’effet inverse. Chacun possède son propre karma et ce qui représente pour nous une rencontre déterminante sera perçu différemment par une autre personne.
Ainsi, si nous ne sommes pas suffisamment vigilants ou si notre enthousiasme est trop débordant, nous risquons de produire l’effet inverse de celui recherché et de créer chez nos proches une forme de rejet, avec l’impression que nous ne parlons plus que de cela.
C’est pourquoi il est important d’apprendre à doser nos échanges sur le Dharma en ayant conscience que notre perception est liée avant tout à notre propre karma.
Généralement, ce qui produira le plus de bienfait chez nos proches sera avant tout le changement positif qu’ils observeront dans notre comportement. Cela vaut souvent bien plus que des milliers de discours.
QUAND L’ENGAGEMENT CREE DES TENSIONS
Lorsque la pratique du Dharma devient un véritable engagement de vie, les personnes aspirent à participer davantage à la vie de la communauté, à recevoir des enseignements, à assister aux pratiques de groupe, à effectuer des retraites ou encore à faire des offrandes méritoires.
Cela peut être difficile à vivre et à comprendre pour les conjoints, les enfants ou les proches qui ont parfois l’impression que le Dharma, le temple ou le maître spirituel s’interposent soudainement dans leur vie.
Une certaine jalousie ou une forme de rejet peut alors s’installer. Certains ne comprennent pas le temps consacré à la pratique et souffrent du fait que leur proche est moins disponible qu’auparavant. D’autres ne comprennent pas le sens des offrandes réalisées ou les changements qui s’opèrent progressivement chez leur proche.
Il n’est d’ailleurs pas rare que certains conjoints finissent par se plaindre en disant : « J’ai l’impression de vivre avec le temple ! » Cette remarque traduit souvent le sentiment que le Dharma occupe désormais une place importante dans le quotidien du pratiquant.
De plus, la place centrale du maître spirituel dans le Vajrayāna peut également susciter certaines incompréhensions. En effet, il peut être surprenant de voir son conjoint placer sa photo sur l’autel ou s’entraîner à se relier à lui dans toutes les activités de la vie quotidienne.
Ainsi, certains conjoints peuvent parfois se dire : « Encore le maître ! Tu penses à lui le matin, tu penses à lui le soir… J’ai l’impression qu’il est toujours avec nous ! »
Ces réactions sont naturelles. Ce qui est perçu par le pratiquant comme une source d’inspiration spirituelle et un soutien sur la voie peut être difficile à comprendre pour une personne qui ne possède pas les mêmes repères.
Cette situation est souvent encore plus délicate lorsque la rencontre avec le Dharma se produit au cours d’une relation déjà établie. En effet, le conjoint ou les proches ont connu la personne avant son engagement spirituel et peuvent avoir le sentiment qu’elle change progressivement ou que certaines priorités ne sont plus les mêmes.
À l’inverse, lorsqu’une personne rencontre un pratiquant déjà engagé sur la voie du Dharma, cet aspect fait naturellement partie de sa vie dès le départ et est généralement mieux accepté.
Malgré le fait que cet engagement réponde à une aspiration profonde pour le pratiquant, il peut être difficile à vivre pour son entourage.
Comprendre que ces réactions sont naturelles permet souvent d’aborder cette période avec davantage de patience, de discernement et de bienveillance.
FAIRE PREUVE D’HABILITE
Face à ces difficultés, il est important de faire preuve d’une grande habileté. En effet, nous ne pouvons pas attendre de nos proches qu’ils comprennent profondément une démarche spirituelle qu’ils ne vivent pas eux-mêmes.
Même lorsqu’ils nous aiment sincèrement, ils ne ressentent pas nécessairement ce qui nous pousse à nous engager dans le Dharma avec autant de conviction. Ils peuvent comprendre nos explications sans pour autant vivre intérieurement ce que nous ressentons.
Cette difficulté existe parfois même au sein d’un couple de pratiquants bouddhistes. Bien que les deux personnes suivent le même maître spirituel et reçoivent les mêmes enseignements, leur compréhension du Dharma et leurs aspirations peuvent être très différentes.
Chez l’un, la vue du Dharma deviendra rapidement limpide, transformant naturellement ses priorités. Chez l’autre, cette vue sera moins accessible. De ce fait, il continuera à éprouver davantage d’attrait pour toutes sortes de préoccupations et d’activités mondaines.
Si de telles différences existent déjà au sein d’un couple de pratiquants, il est alors encore plus difficile d’attendre d’une personne qui ne pratique pas qu’elle comprenne spontanément toute la profondeur de notre engagement.
Pour autant, attendre leur approbation complète avant de pratiquer serait également une erreur. Dans bien des cas, cette compréhension totale n’arrivera jamais.
Le pratiquant doit donc apprendre à maintenir son engagement tout en restant attentif à son conjoint, à ses enfants et à ses responsabilités familiales. Cela demande de la fermeté, mais aussi beaucoup de discernement et de bienveillance.
Il est également important de rassurer ses proches. La pratique du Dharma n’a pas pour objectif de les abandonner ou de les remplacer par une autre priorité. Au contraire, lorsqu’elle est correctement mise en œuvre, elle devrait nous aider à gagner en qualité.
Si notre pratique est authentique, nos proches devraient progressivement bénéficier eux aussi de ses effets. Plus de patience, plus de bienveillance, plus d’écoute ou davantage de stabilité intérieure.
Trouver cet équilibre demande beaucoup d’habileté et constitue déjà une pratique à part entière.
LE DHARMA EST UNE VOIE A CONTRE-COURANT
En s’engageant sincèrement sur la voie du Dharma, il est naturel de rencontrer des difficultés au sein de son entourage.
En effet, le Dharma nous invite progressivement à nous détourner de la fascination pour les activités mondaines afin de consacrer davantage de temps et d’énergie à ce qui conduit à la libération. À mesure que notre pratique se développe, certaines priorités évoluent naturellement tandis que certaines activités perdent de leur sens.
Il serait illusoire de croire qu’il est possible de donner une place toujours plus importante au Dharma tout en espérant que rien ne change dans notre vie. À mesure que notre compréhension grandit, certaines préoccupations mondaines perdent naturellement de leur importance tandis que le Dharma en prend davantage.
D’une certaine manière, il est difficile de tirer simultanément sur deux cordes opposées. Plus nous avançons sur la voie, plus certaines priorités sont amenées à évoluer.
Le rôle du maître spirituel est précisément de nous guider dans cette direction. À travers ses enseignements et ses instructions, il nous encourage à accorder davantage de place au Dharma dans notre vie et à moins nous laisser absorber par les activités ou préoccupations mondaines qui n’ont pas de fin.
Pour les pratiquants laïcs, cette situation n’est pas toujours simple. Nous avons une famille, un travail, des responsabilités et de nombreux engagements que nous ne pouvons pas simplement abandonner. Nous devons donc apprendre à trouver un équilibre juste entre ces responsabilités et notre pratique spirituelle.
Cette difficulté est encore plus marquée lorsque l’on pratique dans un pays non bouddhiste. Les proches comprennent rarement pourquoi l’on souhaite consacrer autant de temps ou d’énergie au Dharma et sont souvent, malgré eux, source d’obstacles à la pratique.
Par exemple, lorsqu’un pratiquant souhaite effectuer une courte retraite de huit jours, il peut être difficile pour ses proches d’en comprendre le sens.
Le conjoint peut alors se sentir délaissé ou contrarié et chercher à faire renoncer le pratiquant à son projet. Des enfants peuvent également exprimer leur mécontentement ou leur incompréhension en reprochant à leur parent de partir plusieurs jours.
La plupart des proches ne perçoivent pas ce qu’est réellement une retraite ni les efforts qu’elle demande. Là où le pratiquant y voit une occasion précieuse de travailler sur son esprit, son entourage peut avoir l’impression qu’il part simplement s’isoler ou que sa démarche est égoïste.
À l’inverse, dans les pays bouddhistes, les proches ont conscience de la valeur du Dharma et de la rareté de telles opportunités. Ils cherchent alors naturellement à faciliter et à soutenir toutes les activités du Dharma.
Ainsi, un pratiquant occidental doit apprendre à composer avec les attentes, les inquiétudes, les projections ou parfois même la colère de son entourage. Cela constitue un véritable défi qui demande encore davantage de détermination et de stabilité.
Il est donc nécessaire de rechercher continuellement des moyens habiles permettant d’apaiser les situations tout en préservant sa pratique et en essayant de suivre les instructions du maître spirituel.
Trouver ce juste équilibre constitue souvent l’un des grands défis de la vie d’un pratiquant laïc.
CONCLUSION
Les difficultés que peut rencontrer un pratiquant avec son entourage constituent souvent une conséquence naturelle de l’engagement sur la voie du Dharma.
Elles peuvent cependant devenir une occasion de développer davantage de sagesse et de moyens habiles, lui permettant ainsi d’affirmer sereinement son engagement spirituel.
