COMMENT CRÉER UN AUTEL CHEZ SOI?
UN SUPPORT POUR LA PRATIQUE
Après avoir pris refuge, il est bénéfique d’aménager un autel chez soi.
L’autel est avant tout un support d’accumulation de mérite pour notre pratique du Dharma. En effet, devant cet autel, nous allons pouvoir effectuer des prosternations, faire des offrandes, réciter des prières et méditer.
Cet autel nous permet ainsi de créer un espace consacré à la pratique au sein même de notre quotidien.
Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir un autel très élaboré dès le début. Il est parfois tentant de se concentrer davantage sur l’aspect extérieur de la pratique. Nous pouvons avoir envie d’acquérir de nombreux supports, d’embellir notre autel ou de rechercher une installation toujours plus impressionnante. Pourtant, cela risque parfois de nous faire perdre de vue l’essentiel.
Mieux vaut souvent commencer avec un autel simple, adapté à ses possibilités et à sa situation. Au fil du temps et de notre pratique, nous pourrons naturellement le faire évoluer, y ajouter de nouveaux supports ou l’aménager davantage selon nos aspirations.
L’important n’est pas la taille ou la richesse de l’autel, mais le fait qu’il soit réellement utilisé comme support de pratique. Un autel simple devant lequel nous pratiquons régulièrement sera toujours plus bénéfique qu’un autel très sophistiqué qui finit par être délaissé.
INSTALLER SON AUTEL
Lorsque nous décidons d’installer notre autel chez nous, il est important de bien réfléchir à son emplacement et de nous souvenir des préceptes du refuge concernant le respect des Trois Joyaux et de leurs représentations.
L’autel étant un support d’accumulation de mérite et de bénédictions, il devrait idéalement être considéré comme l’un des éléments les plus importants de la maison. Dans la mesure du possible, on lui réservera la meilleure place dont nous disposons. On évitera surtout de l’installer dans un endroit négligé, inapproprié ou irrespectueux, comme par exemple en face d’un lit où l’on tend ses pieds.
Bien entendu, chacun fera au mieux en fonction de ses possibilités et de sa situation personnelle.
Il est également important de veiller à la hauteur du support sur lequel on l’installera. Les supports du refuge ne devraient pas être placés plus bas que le niveau de la taille.
On veillera également à ne pas placer d’objets ordinaires au-dessus des représentations de l’autel. Seuls les textes du Dharma peuvent être placés au-dessus des photos et des statues.
Si l’autel est installé sur un meuble comportant des espaces de rangement, il est également important de faire attention à ce qui est placé en dessous. On pourra naturellement y ranger des objets liés à la pratique, comme l’encens, les bougies, les offrandes ou le matériel utilisé pour remplir les bols d’eau.
En revanche, on évitera d’y placer des objets sans lien avec la pratique, en particulier les vêtements, les chaussures, les sous-vêtements ou tout autre objet considéré comme inapproprié.
Les textes du Dharma ne devraient pas être rangés sous l’autel, mais disposés en hauteur sur une étagère en hauteur ou au-dessus des supports de l’autel, comme cela se fait traditionnellement.
On peut placer sur l’autel un tissu soyeux de couleur rouge, jaune ou bordeaux. Pour des raisons pratiques, il est conseillé de le recouvrir d’une vitre ou d’une protection transparente. Cela permet de le protéger de l’eau et facilite son nettoyage.
Nous pouvons également, si nous le souhaitons, recouvrir le fond de l’autel d’un tissu aux couleurs du Dharma. Celui-ci constitue lui aussi une offrande et permet de mettre en valeur les supports du refuge.
De même, il est préférable de présenter les photographies dans de jolis cadres plutôt que de les fixer simplement au mur. Cela constitue également une offrande et participe à l’accumulation de mérite envers les supports présents sur l’autel.
Il est également important de veiller à ce que l’autel reste toujours propre et entretenu. Quelle que soit sa taille, il devrait être agréable à voir, resplendissant et lumineux.
LES SUPPORTS DE L’AUTEL
Une fois l’autel installé, nous allons y placer les différents supports de mérite.
Les représentations les plus importantes sont celles du Bouddha Shakyamuni et de Guru Rinpoché. Le Bouddha Shakyamuni représente le Bouddha historique qui nous a transmis les enseignements. Guru Rinpoché, souvent appelé le second Bouddha, représente quant à lui la transmission du Vajrayāna.
Ces représentations peuvent prendre la forme de photographies, de thankas ou de statues. Un thanka est une représentation traditionnelle réalisée sur tissu et ornée d’un brocart.
Il est également possible d’ajouter des représentations d’autres bouddhas et divinités comme Tchenrézi, Tara, etc.
Il est particulièrement important de placer une photo de son maître spirituel. Nous pouvons aussi y ajouter des photos des maîtres de sa lignée. En effet, en nous reliant à un maître, nous nous relions également à toute la lignée dont il est le détenteur.
Même sans les avoir rencontrés directement, nous entretenons ainsi une connexion avec eux à travers la transmission reçue.
Par contre, il faut veiller à ne pas placer la photo de notre maître au-dessus de ses propres maîtres. Lorsque plusieurs maîtres sont représentés, il convient de respecter leur place dans la lignée.
Nous pouvons aussi placer la photo d’autres maîtres desquels nous avons reçu des transmissions du Dharma, comme des initiations, des enseignements ou des loungs.
Les représentations des maîtres spirituels seront toujours placées au-dessous ou au même niveau des représentations des bouddhas et des divinités.
Comme il est indiqué dans les préceptes du refuge, nous ne placerons pas sur l’autel de représentations de maîtres, de divinités ni d’objets liés à d’autres traditions religieuses ou spirituelles.
De même, nous n’y placerons pas de photos de membres de notre famille, d’amis ou d’autres personnes ordinaires.
Les photos sur lesquelles nous apparaissons aux côtés d’un maître spirituel, ne doivent pas être placées sur l’autel. En effet, les prosternations et les offrandes étant adressées aux supports du refuge, la présence d’êtres ordinaires parmi ces supports endommagera leurs mérites.
Si nous possédons une statue du Bouddha Shakyamuni, de Guru Rinpoché, de Tara ou d’autres déités, nous pouvons la placer sur l’autel, idéalement sur un petit support afin de la mettre en valeur.
Il est préférable de se procurer une statue traditionnelle respectant les canons du bouddhisme tibétain. Ces statues sont conçues pour être remplies de mantras et de substances sacrées selon les méthodes traditionnelles.
Par contre, il faut faire attention : une statue vide ne doit pas être placée sur l’autel. Avant d’être installée, elle devra avoir été correctement chargée puis bénie selon la tradition.
L’objectif n’est pas d’accumuler un grand nombre de supports, mais de réunir sur l’autel les représentations avec lesquelles nous entretenons une connexion spirituelle. Ainsi rassemblées au même endroit, elles deviennent un support précieux pour notre pratique quotidienne.
LES OFFRANDES AUX SUPPORTS DE REFUGE
Une fois les supports du refuge installés sur l’autel, nous allons y disposer des offrandes.
Il n’existe pas de limite au nombre ou à la qualité des offrandes que nous pouvons effectuer. Chacun les réalisera selon ses moyens, ses possibilités et sa dévotion.
L’essentiel est de comprendre que ces offrandes constituent avant tout un moyen précieux d’accumuler du mérite et de développer la sagesse. Ainsi, tout ce qui est utilisé pour réaliser ces offrandes, y compris la cruche servant à remplir les bols d’eau, devient également un support d’accumulation de mérite.
L’offrande la plus importante est l’offrande d’eau. Traditionnellement, on dispose sur l’autel sept bols d’eau correspondant aux sept offrandes traditionnelles : l’eau à boire, l’eau pour se laver les pieds, les fleurs, l’encens, la lumière, le parfum, la nourriture et la musique.
Il existe de nombreuses qualités de bols d’offrande. Certains sont très simples, tandis que d’autres peuvent être réalisés dans des matériaux précieux comme l’argent et ornés des huit signes auspicieux.
Toutefois, ce type de bols étant souvent difficile à trouver en Occident, nous pourrons commencer avec des bols plus courants. Dans la mesure du possible, on privilégiera cependant des bols légèrement évasés et réalisés dans une matière facile à nettoyer et à astiquer. Les bols d’offrande doivent être maintenus propres et brillants.
Il est également important de recevoir des instructions sur la manière de réaliser les offrandes d’eau. En effet, celles-ci constituent une véritable pratique.
Entre le quatrième et le cinquième bol, on place une offrande de lumière. Traditionnellement, il s’agit d’une lampe à beurre qui brûle jour et nuit. Cette offrande peut également être réalisée à l’aide d’une bougie chauffe-plat. Dans ce cas, on veillera à ne pas l’éteindre avant qu’elle se consume naturellement.
Il est également possible d’utiliser une offrande électrique. Celle-ci peut être sous la forme d’une lampe traditionnelle, d’un lotus ou de tout autre support représentant une source de lumière.
Il est également bien de placer des fleurs sur l’autel. Traditionnellement, on placera deux bouquets symétriques de fleurs artificielles dans de jolis vases évasés.
On privilégiera des fleurs colorées et bien épanouies.
Lorsque cela est possible, nous pouvons également offrir régulièrement des fleurs fraîches. Celles-ci peuvent être placées dans des vases ou offertes directement dans les bols d’eau.
L’offrande d’encens est également une offrande importante. Nous pouvons offrir de l’encens sous forme de bâtons ou de poudre dans un encensoir qui sera placé en hauteur devant l’autel.
L’encens constitue à la fois une offrande d’odeurs présentée aux supports du refuge ainsi qu’un moyen de purifier le pratiquant, les offrandes et le lieu de pratique.
Nous pouvons également ajouter d’autres offrandes sur l’autel, comme des guirlandes lumineuses, des fleurs, des cristaux, des pierres semi-précieuses ou tout autre support d’offrande digne d’offrande.
L’OFFRANDE DE LA PRATIQUE
Nous pouvons également accomplir des offrandes à travers notre corps, notre parole et notre esprit.
Tout d’abord, à travers les prosternations. En joignant les mains aux trois portes puis en nous prosternant devant les supports de notre refuge, nous leur rendons hommage et nous leur réitérons l’offrande de notre corps, de notre parole et de notre esprit.
Il est recommandé d’effectuer au minimum trois prosternations le matin et trois prosternations le soir. Chacun pourra naturellement en réaliser davantage selon sa motivation et sa pratique.
Nous pouvons également accomplir des récitations de prières ou de mantras, des méditations ou encore des moments de contemplation sur les enseignements.
Cette offrande est traditionnellement appelée l’offrande de la pratique et est considérée comme la plus précieuse, car c’est celle qui réjouit le plus le maître spirituel et permet de transformer progressivement notre esprit.
CONCLUSION
L’autel est avant tout un rappel permanent de notre refuge et de notre engagement sur la voie du Bouddha. À travers les représentations des Trois Joyaux, de notre maître spirituel et de notre lignée, il nous permet de nous souvenir quotidiennement de la direction que nous avons choisie de donner à notre vie.
Il constitue également un support précieux pour accumuler du mérite et développer la sagesse. Les offrandes, les prosternations, les récitations, les méditations et toutes les pratiques que nous accomplissons devant lui deviennent autant de causes positives sur le chemin de l’éveil.
Pour cette raison, un autel n’a pas besoin d’être grand ou particulièrement sophistiqué. L’essentiel est qu’il soit réalisé correctement, avec respect et sincérité, afin qu’il devienne un véritable support d’accumulation de mérite, de pratique et de transformation intérieure.
