PEUT-ON CONCILIER LE BOUDDHISME ET LES PRATIQUES CHAMANIQUES?
UNE RECHERCHE SPIRITUELLE TRES PRESENTE AUJOURD’HUI
Aujourd’hui, beaucoup de personnes s’intéressent à différentes formes de spiritualité et puisent dans plusieurs traditions ou pratiques à la fois : méditation pleine conscience, yoga, reiki, kundalini, pratiques énergétiques, chamanisme, bols tibétains, bouddhisme ou encore traditions hindouistes.
Cette manière d’aborder la spiritualité est devenue extrêmement courante aujourd’hui.
Beaucoup construisent ainsi une forme de spiritualité personnelle en prenant un peu “ce qui leur parle”, un peu de chaque voie, de chaque pratique ou de chaque enseignement.
Et cette manière de faire est souvent perçue comme une ouverture d’esprit, une richesse intérieure, une forme de liberté spirituelle ou encore une approche plus universelle de la spiritualité.
Pourtant, dans le bouddhisme, quel que soit le véhicule, Theravada, Mahayana ou Vajrayana, la voie n’est pas présentée comme quelque chose auquel on peut continuellement ajouter d’autres pratiques ou d’autres vues.
Le Dharma est au contraire considéré comme une voie complète, cohérente et progressive, qui se suffit à elle-même.
NOMBREUSES VOIES SPIRITUELLES
Aujourd’hui, beaucoup de personnes pensent que toutes les spiritualités conduisent finalement au même éveil ou au même “état de libération”.
Mais si l’on est honnête, très peu de personnes vont réellement étudier profondément une voie pendant des années afin de comprendre clairement sa vue, son chemin et le fruit qu’elle cherche réellement à accomplir.
Bien souvent, tout cela reste assez superficiel ou abstrait et repose davantage sur un ressenti, une impression, une expérience émotionnelle ou une attirance pour certains mots ou certaines ambiances spirituelles.
On parle alors :
- d’énergies,
- de vibrations,
- de purification,
- de nettoyage énergétique,
- de conscience modifiée,
- de flux spirituels,
- d’expansion intérieure,
- ou d’éveil,
Sans comprendre précisément ce que ces mots signifient réellement.
LES FORMES DE CHAMANISME
Dans de nombreuses formes de chamanisme, la pratique repose notamment sur une relation avec les esprits, les forces de la nature, les ancêtres, certains mondes invisibles ou certaines énergies et influences spirituelles.
Certaines pratiques utilisent également des plantes psychotropes afin de provoquer des états modifiés de conscience, des visions ou certaines expériences spirituelles.
Le but peut alors être de guérir, de rétablir un équilibre, d’accéder à certaines perceptions, d’entrer en relation avec certaines dimensions invisibles ou de vivre certaines expériences de conscience.
DIFFERENTS BUTS
Toutes ces visions ou approches du monde ne sont pas identiques d’une voie à l’autre.
Or, dans une voie spirituelle, la vue de la voie détermine le fruit.
Quant au chemin, il peut être différent tout en conduisant au même fruit si la vue et le but restent identiques.
Même à l’intérieur du bouddhisme, les différents véhicules reposent sur des vues et des motivations différentes, ce qui conduit à des chemins et des accomplissements présentés différemment selon les voies.
Or aujourd’hui, beaucoup de personnes affirment rapidement que “tout revient au même” sans avoir réellement étudié profondément les différentes voies.
Bien souvent, ces conclusions reposent davantage sur leur propre ressenti que sur une véritable compréhension de la vue, du chemin et du fruit de chaque tradition.
LA VUE DU BOUDDHISME
Dans le bouddhisme, la racine fondamentale de la souffrance n’est pas vue principalement comme un déséquilibre avec des forces extérieures ou des esprits, mais comme l’ignorance fondamentale de l’esprit, l’attachement et les émotions perturbatrices.
Et le but ultime du Dharma n’est pas simplement de vivre certaines expériences spirituelles, d’harmoniser certaines énergies ou d’améliorer certaines conditions de vie, mais de se libérer complètement du samsara par la sagesse et la transformation profonde de l’esprit.
Dans cette perspective, la transformation ne vient pas principalement d’une substance extérieure, même naturelle, mais d’un entraînement profond et progressif de l’esprit.
C’est pourquoi, dans le bouddhisme, les substances intoxicantes ou psychotropes sont déconseillées, car elles modifient temporairement les états de conscience sans pour autant transformer durablement les racines profondes de la souffrance, de l’attachement ou de la confusion intérieure.
Le bouddhisme fait également une différence importante entre vivre une expérience forte et transformer durablement son esprit.
Une expérience, même très intense, peut rester temporaire.
Dans le Dharma, l’éveil n’est pas considéré comme un état émotionnel spectaculaire ou un moment particulier de conscience modifiée.
Il correspond à une transformation profonde et stable de l’esprit, qui demande du temps, de la pratique, de la lucidité et un véritable chemin intérieur.
Les maîtres bouddhistes rappellent ainsi que la recherche permanente d’expériences spirituelles peut parfois devenir un piège subtil si l’on commence à courir après les sensations, les visions ou les états extraordinaires.
D’ailleurs, si l’on regarde la vie du Bouddha lui-même, on voit qu’il n’a pas construit sa voie en prenant “un peu de tout”.
Avant son éveil, il a pratiqué auprès de différents maîtres spirituels de son époque et il est allé, grâce à ses capacités spirituelles, jusqu’au bout de ces pratiques et jusqu’aux fruits de ces voies.
Et c’est justement parce qu’il a lui-même fait l’expérience de leurs limites qu’il a compris qu’elles ne conduisaient pas à la libération complète de la souffrance.
C’est alors qu’il a poursuivi sa propre recherche jusqu’à réaliser l’éveil.
Le Bouddha n’a donc pas enseigné une voie fondée sur un mélange de différentes pratiques ou traditions, mais un chemin cohérent, profond et complet.
LES VOEUX DE REFUGE ET LA COHERENCE DE LA VOIE
Du point de vue bouddhiste, une personne reste évidemment libre de suivre les pratiques ou les voies qu’elle souhaite.
Mais lorsqu’une personne devient bouddhiste en prenant refuge, elle entre aussi dans une voie précise.
La prise de refuge ne correspond pas simplement à un intérêt pour le bouddhisme ou à une sensibilité spirituelle.
Elle s’accompagne également de préceptes et d’un engagement intérieur.
Parmi ces engagements figure notamment le fait de ne pas chercher refuge ou guidance spirituelle dans d’autres voies considérées comme extérieures au Dharma.
Pourquoi ?
Parce que le but n’est pas d’enfermer la personne ou de lui interdire de penser.
Le but est plutôt de protéger la cohérence de la pratique et de permettre un véritable approfondissement de la voie.
Dans le bouddhisme, la transformation profonde demande stabilité, continuité, persévérance et enracinement dans une même voie.
Si l’on change continuellement de direction, en ajoutant sans cesse d’autres pratiques, d’autres vues ou d’autres chemins, il devient plus difficile d’aller réellement en profondeur.
C’est un peu comme suivre un chemin tout en quittant constamment la route pour partir ailleurs.
CONCLUSION
Si l’on revient à la question de départ, peut-on concilier le bouddhisme et les pratiques chamaniques ? La réponse, du point de vue bouddhiste, est plutôt non pour une personne engagée dans la voie bouddhiste et ayant pris refuge.
Cela ne signifie pas que les autres voies doivent être méprisées ou rejetées.
Chaque tradition possède sa propre logique, sa propre compréhension du monde et son propre but.
Mais dans le Dharma, toutes les voies ne sont pas considérées comme identiques ni comme conduisant au même fruit.
C’est pourquoi, dans le bouddhisme, mélanger continuellement différentes pratiques ou différentes vues n’est pas considéré comme anodin, mais comme quelque chose pouvant créer de la confusion dans la pratique et empêcher un véritable approfondissement de la voie.
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