LES VOEUX DE REFUGE
Aujourd’hui, beaucoup de personnes s’intéressent au bouddhisme. Elles lisent des livres, assistent à des conférences, découvrent la méditation ou apprécient certaines valeurs du bouddhisme.
Cependant, s’intéresser au bouddhisme ne signifie pas nécessairement que l’on souhaite en faire sa voie spirituelle.
Certaines personnes y trouvent une source d’inspiration, une philosophie de vie ou des outils de réflexion, sans pour autant s’engager réellement sur cette voie.
Pour d’autres, en revanche, vient un moment où elles souhaitent suivre le chemin enseigné par le Bouddha et faire du Dharma la direction principale de leur vie spirituelle.
À partir de ce moment-là, il ne s’agit plus simplement d’un intérêt pour le bouddhisme, mais d’un véritable engagement dans la voie.
Alors, qu’est-ce qui fait réellement qu’une personne devient bouddhiste ?
Traditionnellement, on devient bouddhiste en prenant ce que l’on appelle les vœux de refuge.
La prise de refuge est un engagement formel que l’on reçoit auprès d’un maître lors d’une cérémonie généralement très simple.
Ce refuge représente l’engagement solennel de suivre la voie enseignée par le Bouddha et de s’engager sur le chemin conduisant à l’éveil.
LES TROIS JOYAUX
À travers les vœux de refuge, la personne s’engage à prendre le Bouddha, le Dharma et la Sangha comme refuges.
Ces trois refuges sont traditionnellement appelés les Trois Joyaux.
Le Bouddha représente l’être éveillé ayant montré le chemin vers la libération. Dans notre époque, il s’agit du Bouddha Shakyamuni, le Bouddha historique ayant atteint l’éveil parfait.
Le Dharma désigne l’ensemble de ses enseignements, la voie qui permet de progresser vers l’éveil parfait d’un Bouddha.
La Sangha représente la noble communauté des pratiquants ayant réalisé cette voie et qui servent de soutien et de guide sur le chemin spirituel.
Ces vœux de refuge constituent la pierre de fondation de tous les véhicules du bouddhisme.
Que ce soit dans le Theravada, le Grand Véhicule (Mahayana) ou encore le Véhicule des Mantras Secrets (Vajrayana), la prise de refuge dans le Bouddha, le Dharma et la Sangha est la porte d’entrée qui ouvre l’accès à toutes ces voies.
LE QUATRIEME JOYAU : LE LAMA
Dans le Vajrayana, on y ajoute également un quatrième joyau : le lama, c’est-à-dire le maître spirituel.
En effet, bien que le maître spirituel soit présent dans tous les véhicules du bouddhisme, il occupe une place centrale dans le Vajrayana.
Pour s’engager dans ce véhicule, la guidance d’un maître qualifié est indispensable, car il représente le moyen essentiel permettant de pratiquer cette voie.
C’est également pour cette raison que, dans la prière de refuge du Vajrayana, le lama est placé en premier, avant même le Bouddha, le Dharma et la Sangha.
Traditionnellement, dans le Vajrayana :
- le corps du maître est associé à la Sangha ;
- sa parole au Dharma ;
- son esprit au Bouddha.
Le lama est ainsi considéré comme l’union des Trois Joyaux.
Il est également qualifié de source de toutes les bénédictions, car en s’en remettant à lui, le pratiquant reçoit les bénédictions de toute la lignée de transmission transmise de maître à disciple depuis le Bouddha primordial.
C’est également pour cette raison que l’examen du maître spirituel est considéré comme particulièrement important dans le Vajrayana.
Avant de s’engager auprès d’un maître, il est essentiel de s’assurer de son authenticité.
Une telle confiance et un tel lien ne doivent donc pas reposer sur une foi aveugle, mais sur l’observation, la réflexion et le discernement.
LE REFUGE ET LA CONFIANCE
La prise de refuge témoigne avant tout de la confiance que nous plaçons dans le lama ainsi que dans les Trois Joyaux.
Dans les enseignements, on explique qu’il existe différents niveaux de foi.
Idéalement, la prise de refuge devrait reposer sur ce que l’on appelle une foi convaincue, c’est-à-dire une confiance intérieure profonde, stable et difficile à ébranler.
Mais en réalité, surtout en Occident, il est rare que les personnes prennent refuge avec une telle foi.
La plupart du temps, la prise de refuge repose sur une foi inspirée, désireuse ou parfois même sur une foi aveugle.
Ces formes de foi, contrairement à la foi convaincue, dépendent davantage de conditions extérieures : la rencontre d’un maître, un enseignement, une expérience marquante ou encore certaines circonstances particulières.
Comme elles reposent essentiellement sur des émotions ou des ressentis qui sont, par nature, fluctuants et changeants, elles ne garantissent pas toujours la stabilité de l’engagement dans le refuge.
La foi convaincue, quant à elle, se manifeste comme une certitude intérieure profonde qui ne dépend plus des circonstances extérieures.
À ce niveau, il n’existe plus de doute quant au refuge, à ses qualités ou à son pouvoir de protection. Cette confiance repose sur une expérience intérieure qui a été pleinement validée.
L’engagement dans le refuge devient alors ferme, stable et extrêmement difficile à ébranler, quelles que soient les circonstances.
Il existe également une autre forme de foi que l’on appelle la foi irréversible.
À ce niveau, la confiance dans le refuge est devenue si profonde qu’il n’est plus possible de revenir en arrière ou de l’abandonner, quelles que soient les circonstances.
Cette foi est considérée comme la forme la plus élevée de confiance spirituelle et est souvent illustrée par l’exemple des grands maîtres spirituels.
LA MOTIVATION DU REFUGE
Si la prise de refuge est commune à tous les véhicules du bouddhisme, la motivation avec laquelle elle est prise peut varier.
Dans le Grand Véhicule (Mahayana) ainsi que dans le Vajrayana, la prise de refuge s’accompagne traditionnellement de ce que l’on appelle l’esprit d’éveil (bodhicitta).
Autrement dit, on ne prend pas refuge uniquement pour sa propre protection ou son propre bienfait, mais avec l’aspiration vaste d’atteindre l’état de Bouddha afin de pouvoir conduire tous les êtres à l’éveil parfait.
Cette motivation est considérée comme le cœur même de la voie du Grand Véhicule et l’ensemble des pratiques de cette voie repose sur le développement progressif de cet esprit d’éveil.
Bien que nous soyons encore très loin de manifester pleinement une telle motivation, le simple fait de la générer sincèrement est déjà considéré comme extrêmement vertueux.
En cultivant progressivement cette aspiration, nous créons les causes qui nous rapprochent peu à peu de l’état de Bouddha.
C’est également l’un des rôles essentiels du maître spirituel que d’aider le pratiquant à faire mûrir cet esprit d’éveil, d’abord de manière intentionnelle et progressive, jusqu’à ce qu’il devienne un jour une réalité profondément enracinée dans son esprit.
LE REFUGE : LE DEBUT DU CHEMIN
Il est important de comprendre que la prise de refuge n’est pas une finalité en soi, ni une simple récitation ou une cérémonie formelle.
Au contraire, elle est considérée comme la première porte qui ouvre véritablement à la voie.
En prenant les vœux de refuge, on se place sous la protection du lama et des Trois Joyaux pour cette vie ainsi que pour toutes les vies successives jusqu’à l’obtention de l’état de Bouddha.
En Occident, le refuge est parfois minimisé et abordé principalement de manière intellectuelle, sans toujours sonder toute la profondeur et les implications qu’il représente réellement.
Si nous regardons honnêtement notre fonctionnement, nous avons jusqu’à présent pris l’habitude de nous en remettre à nos propres opinions, à nos proches ou encore à toutes sortes de vues et de références extérieures pour nous orienter dans les différentes situations de notre existence.
Apprendre progressivement à s’en remettre au lama et aux Trois Joyaux dans toutes les circonstances de sa vie — dans les moments de bonheur comme dans les moments difficiles, dans la santé comme dans la maladie, dans la réussite comme dans les obstacles — constitue un véritable changement intérieur.
La prise de refuge implique progressivement de reconnaître que le lama et les Trois Joyaux constituent un refuge infaillible qui ne trompe pas les êtres, car étant eux-mêmes libérés des souffrances et des confusions du samsara, ils possèdent toutes les qualités nécessaires pour guider les êtres vers la libération.
Le pratiquant apprend ainsi progressivement à s’en remettre à eux avec confiance et à les considérer comme la référence la plus sûre sur le chemin spirituel.
Dans les enseignements, il est dit que même les êtres qui nous aiment le plus et souhaitent sincèrement notre bonheur demeurent eux-mêmes soumis aux limites et aux confusions du samsara.
Aussi bienveillants soient-ils, ils ne peuvent donc pas constituer un véritable refuge.
Le pratiquant apprend ainsi progressivement à s’en remettre au lama et aux Trois Joyaux avec confiance et à les considérer comme la référence la plus sûre sur le chemin spirituel.
Apprendre progressivement à s’en remettre au lama et aux Trois Joyaux constitue ainsi l’un des aspects les plus profonds et les plus transformateurs de la prise de refuge.
C’est principalement la force de notre confiance qui détermine notre capacité à recevoir la protection, les bénédictions et la guidance du refuge.
Le refuge constitue ainsi l’une des fondations essentielles de la voie bouddhiste et demande du temps ainsi qu’un entraînement progressif afin que notre manière de percevoir le monde s’aligne progressivement avec la vue du lama et des Trois Joyaux.
CONCLUSION
Si la cérémonie de refuge marque l’entrée dans la voie bouddhiste, elle n’en constitue en réalité que le commencement.
Le véritable sens du refuge se découvre ensuite progressivement, au fil de la pratique et de l’entraînement, à mesure que l’on apprend à s’en remettre toujours davantage au lama et aux Trois Joyaux.
C’est pourquoi le refuge est considéré comme l’une des fondations les plus profondes et les plus essentielles de toute la voie bouddhiste.

