centre dirigé par Do Khyensté Rinpoché

 

 

En Occident, deux idées principales dominent. Soit on pense qu’après la mort, il n’y a plus rien. Soit on pense que le défunt est “quelque part”, en paix, dans un état privilégié, et qu’il peut veiller sur nous. Dans les deux cas, le défunt est vu comme étant stabilisé : soit disparu, soit installé dans un état de paix.

LA VISON DU BOUDDHISME

Dans le bouddhisme, la vision est complètement différente. Au moment de la mort, la conscience quitte le corps, un peu comme on quitte un hôtel lorsque le séjour est terminé. Le corps ne peut plus être habité, mais la conscience, elle, continue. Elle entre alors dans un processus de transition qui la conduit vers une nouvelle renaissance.

LA CONSCIENCE APRÈS LA MORT

Après la mort, la conscience ne reste pas “quelque part”. Elle est en mouvement. Elle est portée par le karma, c’est-à-dire par toutes les actions, intentions et habitudes accumulées. On peut imaginer cela comme un tas de poussière emporté par le vent. La conscience est entraînée, sans pouvoir choisir librement sa destination. Elle prend alors une nouvelle renaissance dans l’un des différents états d’existence.

Le défunt est-il en paix ?

Dans la majorité des cas, non.

Selon le bouddhisme, tant que l’on est dans le samsara, il n’y a pas de paix stable et durable. Même si certaines renaissances peuvent être plus favorables que d’autres, elles restent marquées par l’insatisfaction. La véritable paix, celle qui ne dépend plus des conditions, n’apparaît que lorsqu’il y a libération du cycle des renaissances. Et cela demande un haut niveau de réalisation.

Un défunt peut-il veiller sur nous comme un ange ?

Dans la vision occidentale, on entend souvent que les défunts peuvent veiller sur nous, nous protéger ou nous guider. Selon la vue bouddhiste, ce n’est pas le cas.

Pourquoi ?

Parce que tant qu’un être n’est pas libéré du samsara, il est lui-même pris dans le cycle des renaissances. Sa conscience est emportée par le karma, sans maîtrise, sans liberté réelle. Dans cette situation, il ne peut pas véritablement aider les autres. On utilise parfois une image pour comprendre cela : un aveugle ne peut pas guider un autre aveugle. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun lien. Mais ce lien n’est pas à cultiver sous forme d’attachement. Au contraire, un attachement fort au défunt peut même être source de perturbation, pour lui comme pour nous.

Dans le bouddhisme, on transforme ce lien : on passe de l’attachement à la compassion.

PEUT-ON CHOISIR SA RENAISSANCE ?

Non.

La renaissance n’est pas un choix conscient. Elle est déterminée par le karma. Si nous pouvions choisir, nous prendrions tous les meilleures conditions. Mais dans la réalité, la conscience est emportée par ses propres tendances et habitudes.

Quelle est alors la place des défunts dans le bouddhisme ?

 

Elle est très importante, mais profondément différente de la vision occidentale. En Occident, on reste souvent centré sur sa propre peine : le manque, la tristesse, la douleur de la séparation. La compassion se tourne surtout vers les vivants, vers ceux qui restent. Dans le bouddhisme, le regard change complètement.

La compassion se tourne avant tout vers le défunt.

Pourquoi ?

Parce que l’on comprend que nous, étant encore en vie, nous avons encore une capacité d’agir. Alors que le défunt, lui, est en train de traverser un processus qu’il ne maîtrise pas. Sa conscience est emportée par le karma, entraînée vers une nouvelle renaissance.

C’est précisément cette situation qui suscite la compassion.

 

PEUT-ON AIDER LES DÉFUNTS ?

Oui, et c’est essentiel.

Dans le bouddhisme, on considère que les vivants peuvent réellement aider les défunts. Plutôt que de rester uniquement dans la tristesse, le pratiquant transforme la situation : il agit pour le défunt.

Comment ?

Avec le Dharma, en créant des actes vertueux et en les dédiant. Cela peut prendre de nombreuses formes :

    • faire des offrandes à des maîtres ou à des monastères afin que soient accomplies des pratiques et des souhaits pour le défunt
    • faire des offrandes de lumière
    • hisser des drapeaux à prières
    • créer des supports sacrés (stoupa, tsatsas, graver des mantras sur des pierres)
    • libérer des animaux et sauver des vies
    • réciter soi-même des mantras ou s’engager dans des accumulations de prières
    • tourner un moulin à prière
    • prendre des vœux de conduite éthique (comme des vœux de végétarisme) 

Toutes ces actions, accomplies en lien avec le Dharma et accompagnées de l’esprit d’éveil, créent des conditions positives qui peuvent être dédiées aux défunts.

C’est comme lui offrir de bonnes graines, qui vont influencer favorablement sa renaissance.

Peut-on aider un défunt longtemps après sa mort ?

Oui.

Dans le bouddhisme, il n’y a pas de limite stricte. Même après une renaissance, les dédicaces et les actes vertueux peuvent continuer à porter leurs effets. On peut donc aider un défunt tout au long de sa vie.

ENSEIGNEMENTS SUR LA MORT

La mort devient un enseignement. Elle nous rappelle l’impermanence. Elle nous montre que nous aussi, nous devrons quitter ce corps.

Plutôt que de rester uniquement dans la tristesse, elle devient un support de compréhension :

  • comprendre l’attachement
  • voir l’illusion de la permanence
  • utiliser cette prise de conscience pour avancer sur le chemin

Conclusion

Dans le bouddhisme, un défunt n’est pas installé quelque part en train d’être en paix. Il est en train de continuer le cycle. C’est pourquoi, au lieu de rester centré sur notre propre souffrance, le chemin consiste à agir :

  • créer des causes positives,
  • les dédier,
  • et accompagner les défunts de la manière la plus juste possible. 

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