PEUT-ON MANGER DE LA VIANDE ET BOIRE DE L’ALCOOL EN ÉTANT BOUDDHISTE ?
UNE QUESTION PLUS NUANCEE QU’ON NE LE PENSE
Beaucoup de personnes imaginent qu’être bouddhiste signifie forcément être végétarien et ne jamais boire d’alcool.
Mais dans le bouddhisme, les choses sont plus nuancées.
Le Bouddha n’a pas imposé comme règle absolue d’être strictement végétarien pour pratiquer le Dharma.
Par contre, il a enseigné l’importance de ne pas ôter la vie, ce qui fait partie des engagements fondamentaux du chemin bouddhiste, aussi bien pour les pratiquants laïcs que pour les monastiques.
Le Bouddha a également donné des règles concernant la manière dont les pratiquants, notamment les monastiques, pouvaient consommer la viande ou le poisson, ainsi que des mantras pouvant être récités pour l’animal.
Autrement dit, le cœur de la pratique ne repose pas uniquement sur des règles extérieures, mais sur la transformation progressive de l’esprit et le développement de la compassion.
LA QUESTION DE LA VIANDE
Dans le bouddhisme, tous les êtres sensibles sont considérés comme cherchant le bonheur et ne souhaitant pas souffrir.
C’est dans ce sens que beaucoup de pratiquants développent naturellement une réflexion autour de la consommation de viande et de poisson.
D’ailleurs, dans la langue tibétaine, il n’existe pas réellement de distinction entre viande et poisson : il s’agit dans les deux cas de la chair d’un être vivant.
En occident, certains pratiquants choisissent ainsi de devenir végétariens, animés par compassion, notamment parce que les conditions de vie permettent aujourd’hui plus facilement ce choix.
D’autres, en revanche, avancent progressivement sur cette question, par exemple en prenant ponctuellement des vœux de végétarisme durant certaines périodes auspicieuses.
Mais dans tous les cas, un pratiquant bouddhiste évitera de consommer des êtres encore vivants, comme par exemple des huîtres ou des moules fraîches, car cela revient directement à ôter la vie.
De la même manière, il développera progressivement une attention particulière à éviter la consommation de très petits animaux comme les crevettes ou les bichiques, car là, il ne s’agit plus d’une seule vie, mais d’un très grand nombre de vies.
Même si le bouddhisme n’impose pas une obligation absolue de végétarisme, les maîtres encouragent souvent à réduire sa consommation de viande et de poisson, non pas comme une règle imposée extérieurement, mais comme quelque chose qui peut naître progressivement de la compassion et de la transformation intérieure du pratiquant.
ET L’ALCOOL ?
Concernant l’alcool, la question est différente.
Dans le bouddhisme, l’alcool est généralement déconseillé, non pas parce qu’il serait considéré comme mauvais en soi, mais parce qu’il altère la lucidité de l’esprit.
Or, toute la pratique du Dharma repose justement sur le développement de la conscience, de la vigilance et de la clarté intérieure.
Il existe cependant une différence entre les moines et les pratiquants laïcs.
Pour les moines ayant pris des vœux monastiques, l’alcool est strictement interdit, car il entraîne une rupture des vœux.
Pour un pratiquant laïc, la question est plus nuancée.
Cela ne signifie pas que l’alcool soit encouragé, mais un bouddhiste laïc qui boit occasionnellement un verre ou une bière n’est pas automatiquement “non-bouddhiste”.
D’autant plus qu’en occident, le rapport culturel à l’alcool est souvent différent de celui de certains pays asiatiques, où l’alcool est plus facilement associé à une consommation excessive ou à une véritable dépendance.
Dans tous les cas, le point essentiel reste toujours le même : observer honnêtement les effets que cela produit sur l’esprit, la conscience et le comportement.
DANS LE VAJRAYANA
Dans le bouddhisme tibétain, appelé le Vajrayana, la question devient plus subtile.
Dans certaines pratiques rituelles appelées tsok, de petites quantités de viande et d’alcool font partie des substances essentielles utilisées durant la pratique.
Dans ce cadre précis, même une personne végétarienne ou un moine doit en consommer symboliquement, car cela fait partie des substances de samaya liées à la pratique.
Dans la vision du Vajrayana, il est alors expliqué qu’il ne faut développer ni attachement ni répugnance envers ces substances, qui ne sont plus considérées de manière ordinaire, mais intégrées à une pratique fondée sur la transformation de l’esprit et la vision pure.
Ces pratiques restent cependant liées à des enseignements très profonds et nécessitent la guidance d’un maître qualifié.
CONCLUSION
Dans le bouddhisme, ces questions ne sont pas seulement abordées comme des règles extérieures.
Avec la pratique, les enseignements et la guidance d’un maître qualifié, le pratiquant développe progressivement davantage de conscience, de compassion et une autre manière de percevoir les êtres et la vie.
Le changement vient alors davantage d’un mûrissement intérieur que d’une obligation imposée de l’extérieur.
