QU’EST CE QU’UN SAMAYA? 

Le terme samaya signifie lien ou vœu sacré. Il désigne un moyen puissant, propre au véhicule du Vajrayana. Ces vœux  constituent un engagement solennel du pratiquant envers, le maître de vaja, la pratique du vajrayana et les frères et sœurs de vajra.

Parce que tous les accomplissements de la voie reposent sur le maintien de ses vœux, les samayas ne sont pas une option : ils en constituent le cœur même. Ils permettent au pratiquant de transcender ses tendances ou visons ordinaires et impures, afin d’entrer progressivement dans la vision pure du Vajrayana.

Comme le rappelle Do Khyentsé Rinpoché, la qualité d’un centre du Dharma, repose avant tout sur la pureté des samayas. Lorsqu’un pratiquant déjà engagé dans la voie rejoint une nouvelle communauté bouddhiste, il est  donc légitime de s’enquérir de la pureté de ses samayas : en lui demandant dans quelles conditions il a quitté sa précédente communauté, s’il l’a fait en bons termes, si son maître lui a donné l’autorisation et sa bénédiction, et si les liens avec ses compagnons du dharma ont été maintenus de manière pure.

Cela peut paraître inhabituel dans un contexte occidental. Pourtant, dans le Vajrayana, la pureté des samayas est au cœur même de la voie. Accueillir sans discernement une personne dont les liens de Vajra sont gravement endommagés ou brisés peut avoir des répercussions sur l’ensemble de la communauté, non par jugement de la personne, mais en raison de la nature de ces liens. Il ne s’agit ni de rejeter ni de condamner, mais de protéger la qualité de la pratique, la stabilité de la communauté, et les conditions favorables au cheminement de tous.

Quel que soit le temps que nous devions passer ensemble, ne nous haïssons pas, ne nous irritons pas contre ceux qui entourent notre maître ou contre nos frères et sœurs spirituels. Soyons comme une ceinture de compagnie facile, semblables au sel fin : écrasons notre fierté, mettons-nous à l’œuvre sans rechigner, accomplissons toute tâche qui se présente, soyons d’une patience parfaite, même lorsque l’on nous parle durement, même lorsque l’on cherche querelle, même lorsque les charges semblent trop lourdes à porter. Patrul Rinpoche « Le Chemin de la Grande Perfection »

LES SAMAYAS, COEUR DU VAJRAYANA

Le véhicule du Vajrayana est reconnu comme le plus rapide et le plus puissant parmi les véhicules du bouddhisme. Cependant, sans pureté des samayas, ces méthodes perdent leur efficacité et il ne peut y avoir, ni transmission vivante, ni bénédiction authentiques de la lignée, ni accomplissements véritables.

Les samayas ne sont donc pas un enseignement parmi d’autres. Leur maintien pur est la condition même pour pratiquer dans cette voie. Ils assurent la continuité de la transmission, la protection de la pratique et rendent possible la réalisation effective du chemin spirituel.

A PARTIR DE QUAND LES  SAMAYAS EXISTENT-ILS? 

Dès lors que l’on entre en contact avec les méthodes du Vajrayana, un lien se crée. Ce lien peut naître de différentes manières : l’écoute d’un enseignement du Vajrayana, la participation à une pratique du Vajrayana, comme un rituel de Tsok, ou encore la réception d’une initiation du Vajrayana

Même si la profondeur des samayas varie selon ce qui est reçu, la simple réception de la bénédiction d’un maître de Vajra, appelée « tchark wang » l’initiation de la main, établit déjà un lien avec le maître spirituel. Que dire alors lorsque l’on reçoit de lui, la transmission d’un enseignement ou d’un loung, que l’on pratique ensemble un rituel de Tsok, ou encore que l’on reçoit des initiations tantriques ? Ces dernières établissent les samayas les plus profonds, indispensables à la maturation de la pratique et à la réalisation effective  de la voie.

A QUI S’ADRESSENT LES SAMAYA?

Les samayas engagent le pratiquant à plusieurs niveaux indissociables.

Ils concernent : le maître spirituel, source de la transmission vivante et de la bénédiction à la lignée, les frères et sœurs de Vajra, unis par les pratiques et les transmissions reçues ensemble, la pratique elle-même, en tant que moyen direct de transformation intérieure.

Dans la vue du Vajrayana, ces aspects forment un tout. Nuire à l’un revient à fragiliser l’ensemble. C’est pourquoi il est enseigné qu’il n’est pas possible de préserver un lien pur avec le maître tout en endommageant la relation aux frères et sœurs de Vajra, ou en dénaturant la pratique par une vue ordinaire.

L’ENDOMMAGEMENT DES SAMAYAS 

Garder les samayas purs demande une grande vigilance  qui s’exerce à travers l’observation des trois portes : le corps ; nos gestes, nos attitudes, notre manière d’agir, la parole ; nos paroles, nos propos, nos intentions exprimées et l’esprit ; nos pensées, nos jugements, nos ressentiments.

Un samaya peut être endommagé envers un maître avec lequel une connexion de Dharma a été établie, même minime qu’il s’agisse d’une bénédiction, d’une prise de refuge, d’un enseignement, d’une transmission, ou d’une initiation. Cet endommagement peut survenir par différents comportements à son égard : des pensées négatives, de l’irritation, de la critique, ou encore la perte de confiance. Dans le vajrayana, dès lors que l’on choisi de se lier avec un maître, l’attitude à cultiver est de s’entraîner à  le percevoir comme un Bouddha. Lorsque la vision pure se perd, que l’on remet en question ses instructions ou que l’on cesse de s’appuyer sur lui avec confiance, le samaya est alors endommagé.

Les samayas peuvent également être endommagés envers la pratique elle-même, lorsque l’on néglige les engagements pris : en abandonnant des engagements reçus, en ne faisant plus les offrandes mensuelles de tsok, ou en relâchant les offrandes quotidiennes. Le lien de samaya avec la pratique s’affaiblit aussi par le doute, lorsque la confiance dans les méthodes reçues se perd, ou lorsque l’on remet en question l’efficacité de la pratique, en se demandant si elle sert réellement, ou encore lorsque l’on se tourne vers d’autres voies ou pratiques non bouddhistes, en pensant y trouver quelque chose de plus adapté ou plus efficace.

Un samaya peut également être endommagé envers un frère ou une sœur de Vajra ; c’est-à-dire une personne avec laquelle on partage le même maître, les même vœux et les mêmes pratiques et avec laquelle on est lié pour cette vie et les vies futures jusqu’à la libération. Cela peut se produire par des gestes agressifs ou blessants, par des paroles dures, des critiques ou de la médisance, ou encore par un esprit qui entretient rancœur, colère, dureté ou jalousie. Garder un samaya pur envers ses compagnons de pratique ne signifie pas aimer tout le monde de manière naïve ou puérile. Comme pour le choix du maître, le discernement est nécessaire, sans pour autant rejeter ni critiquer aucun frère ou sœur de Vajra. Il est juste de se rapprocher de ceux dont le comportement reflète le mieux les instructions du maître, dont l’esprit est pacifié et animé par la dévotion. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’ancienneté d’un pratiquant ne garantit ni ses qualités spirituelles,  ni la compréhension des enseignements. L’exemple du moine Bonne Etoile, cousin du Bouddha en est une illustration frappante : bien qu’il soit resté auprès du Bouddha pendant vingt-quatre ans, son orgueil et sa jalousie l’on empêché de reconnaître ses qualités et de voir ses réalisations.

Une vigilance particulière est donc nécessaire lorsque l’on s’engage dans une relation amicale étroite, de couple, ou professionnelle avec un compagnon du Dharma. La proximité accrue, la fréquence des échanges et l’implication émotionnelle peuvent facilement faire surgir tensions, attentes ou conflits, mettant en danger la pureté du samaya. Quoi qu’il arrive, le maintien du samaya demeure notre responsabilité et doit toujours primer sur les désaccords ordinaires, émotionnels ou mondains.  C’est pourquoi il est essentiel de bien réfléchir avant de s’engager dans ce type de relation, et de se demander honnêtement si l’on a la capacité de préserver le samaya, quelles que soient les circonstances qui se présentent.

Les enseignements du Vajrayāna sont très clairs concernant l’attitude à adopter envers les personnes qui entretiennent des vues négatives à l’égard du maître spirituel. On y lit notamment :

Ne fréquentons pas ceux qui critiquent ou haïssent notre maître. Toutefois, si nous en sommes capables, faisons changer d’avis ceux qui entretiennent une attitude négative à son égard. Si cela n’est pas possible, évitons de bavarder avec eux de manière familière. Patrul Rinpoche « Le Chemin de la Grande Perfection »

Ces instructions ne relèvent ni du rejet ni de la condamnation. Elles expriment une loi subtile du Vajrayāna : la vue est contagieuse, tout comme la confusion ou la clarté. S’exposer de manière répétée à des paroles de critique, de doute ou de mépris envers le maître, la pratique ou nos compagnons du Dharma affaiblit et contamine progressivement l’esprit, même chez un pratiquant sincère. Si nous avons la capacité intérieure d’aider quelqu’un à transformer sa vue, il est juste de le faire. Mais lorsque cela n’est pas possible, l’éloignement devient une protection. Dans le Vajrayāna, préserver la pureté de son samaya n’est pas un acte égoïste mais une preuve de discernement. C’est une responsabilité envers la voie, le maître, et l’ensemble de la communauté des pratiquants.

JALOUSIE ET ORGUEIL : RACINES DES ENDOMMAGEMENTS 

Dans les enseignements, il est dit que les deux émotions les plus difficiles à reconnaître pour un pratiquant sont la jalousie et l’orgueil. Ainsi, la majorité des comportements négatifs qui conduisent à endommager ou briser les samayas, prennent presque toujours racine dans ces deux émotions.

La jalousie peut prendre de nombreuses formes : sentiment d’injustice, sentiment de rejet, comparaison constante. En réalité, dès lors que l’on n’est plus capable de se réjouir pour l’autre, quels que soient ce qu’il vit ou ce qu’il reçoit, la jalousie est déjà à l’œuvre.

L’orgueil, quant à lui, nous amène à croire que nous savons mieux, ou que nous comprenons les enseignements plus profondément que les autres pratiquants, et parfois même mieux que le maître lui-même. C’est une émotion particulièrement subtile, car elle peut facilement se dissimuler derrière des raisonnements intellectuels, des justifications ou un sentiment de justesse personnelle. Très souvent, l’orgueil se manifeste également par le fait de se fier à sa propre vue, à sa propre interprétation des enseignements, en se coupant progressivement de la vue transmise par le maître et la lignée.

Reconnaître la jalousie et l’orgueil en nous demande une grande clarté de l’esprit, clarté qui est le plus souvent voilée par les émotions perturbatrices et par les conditionnements karmiques accumulés. Ces voiles obscurcissent notre discernement et rende difficile la reconnaissance de ces émotions au moment même ou elles sont à l’œuvre.

C’est là tout le rôle et l’enjeu des vœux de samayas. Lorsqu’ils sont compris et pris à cœur, ils agissent comme une protection intérieure, une limite infranchissable qui empêche le pratiquant de s’engouffrer dans des réactions ordinaires et le maintient relié à la vision pure. Ils l’obligent ainsi à s’observer, à transformer sa manière de voir, de parler et d’agir. De ce fait, le pratiquant qui s’efforce de maintenir ses samayas purs avance rapidement sur le chemin. À l’inverse, celui qui n’en a pas compris le sens profond reste prisonnier de ses réactions habituelles et tourne indéfiniment dans les mêmes schémas, accumulant du karma négatif par le manquement à ses voeux.

Les samayas ne sont pas là pour contraindre mais pour nous transformer. Ils nous apprennent à ne pas nourrir la division, à ne pas durcir le cœur, à placer le lien sacré au-dessus des réactions mondaines, et à faire de chaque relation un support de pratique. Ainsi compris, les samayas ne sont pas un poids, mais une protection, un guide intérieur, et un chemin direct vers l’éveil.

CONSEQUENCES DES ENDOMMAGEMENTS 

Lorsque les samayas sont endommagés, que ce soit dans la relation au Maître, avec la pratique, ou envers les frères et sœurs de Vajra, les conséquences apparaissent naturellement.

La connexion au Maître s’affaiblit, la bénédiction se ferme, la pratique perd sa force, et la transformation intérieure se bloque. Des circonstances défavorables peuvent alors se manifester : maladies, obstacles intérieurs ou extérieurs, difficultés récurrentes, perte de clarté ou de stabilité dans la pratique.

Peu importe alors le nombre de pratiques, d’enseignements reçus, de retraites accomplies ou d’accumulations méritoires effectuées. Sans pureté du lien, il ne peut y avoir ni progression véritable, ni accomplissement sur la voie. Cette réalité n’est pas une punition. Elle correspond simplement au fonctionnement naturel du Vajrayāna : lorsque le lien est pur, la bénédiction circule ; lorsqu’il est endommagé, la bénédiction se ferme.

Il nous faut aussi comprendre que l’endommagement des samayas ne concerne pas seulement le pratiquant lui-même, mais affecte aussi le maître et l’ensemble de la communauté. Les samayas ne sont pas de simples engagements individuels : ils constituent un lien vivant et collectif, dont dépend la qualité de la pratique pour tous.

Comme le soulignent les enseignements :

S’il se trouve, au sein d’une assemblée, un seul individu ayant détérioré ses samayas, alors même qu’il y aurait près de lui cent ou mille personnes fidèles aux leurs, celles-ci, contaminées, ne retireraient aucun fruit de leurs pratiques. De la même manière, une seule goutte de lait tourné suffit à faire tourner tout un pot de lait sain, ou encore une seule grenouille infectée peut couvrir de plaies les autres.

Patrul Rinpoche « Le Chemin de la Grande Perfection »

Ces images fortes montrent que la pureté des samayas est une responsabilité collective. Elles nous font comprendre que la qualité de la pratique dépend directement de la pureté des liens de Vajra, condition indispensable à la transmission vivante, à la protection de la voie et à l’accomplissement spirituel.

PURIFICATION ET RESTAURATION 

Au regard de la multiplicité des manières dont les samayas peuvent être endommagés, il est extrêmement difficile de les maintenir parfaitement purs, en particulier ceux qui concernent l’esprit, sur lequel nous n’avons que très peu de maîtrise. Pensées négatives, jugements, doutes, jalousie ou orgueil surgissent continuellement, souvent à notre insu.

C’est pour cette raison que, dès lors que l’on s’engage dans le véhicule du Vajrayāna, il est recommandé de pratiquer quotidiennement la purification. Les enseignements indiquent qu’il est bénéfique de réciter chaque jour au minimum vingt et une fois le mantra de confession et purification de Vajrasattva, ainsi que de participer aux pratiques de tsok des 10ᵉ et 25ᵉ jours lunaires. Ces pratiques constituent le cœur même de la restauration des vœux de samaya.

Dans les enseignements, il est dit :

Quelle que soit la nature des endommagements, il ne faut pas rester plus de trois jours avec, car cela affaiblit et ferme la porte des bénédictions. Quand la confession a lieu tout de suite, se purifier est facile. Lorsqu’on tarde, le mal prend graduellement de l’ampleur et la confession devient plus difficile. Il est dit qu’au-delà de trois ans, on sort de la sphère du confessable : la confession ne purifie plus.  Patrul Rinpoche « Le Chemin de la Grande Perfection »

Ces paroles soulignent l’importance de ne pas laisser les endommagements s’installer. Une fois l’endommagement reconnu et confessé, il ne doit plus rester aucun « os dans le cœur ». La confession doit être complète, sincère et libératrice, afin que le lien soit réellement restauré. La purification des samayas n’est pas un aveu de faiblesse, mais au contraire un acte de lucidité, de courage et de responsabilité. Reconnaître rapidement une faute, rectifier sa vue et purifier le lien permet de rétablir immédiatement la clarté, la bénédiction, la confiance et la fluidité de la pratique. Le Vajrayāna n’est pas une voie de condamnation, mais une voie de responsabilité consciente.

L’HISTOIRE D’AMNYI KHENPO TAMCHEU

Cette histoire se déroule au Tibet, au monastère du troisième Dodrupchen Rinpoché, Jigmé Tenpi Nyima, dans la région de l’Amdo. À cette époque, ce monastère, appelé Dodrupchen Gonpa, comptait quatre grands khenpos dont la renommée s’étendait à tout l’Amdo.

Parmi eux se trouvait Amnyi Khenpo Tamcheu, un maître extrêmement respecté, connu pour la profondeur de sa réalisation. Bien qu’il fût un grand érudit, Amnyi Khenpo Tamcheu vivait comme un chatralwa, un yogi errant. Il passait la majeure partie de son temps en retraite, dans les grottes et les forêts, loin de toute organisation monastique et de toute fonction institutionnelle.

Lorsque vint le moment d’organiser la gestion des tâches du monastère pour les trois prochaines années, l’ensemble de la communauté se réunit dans le temple : lamas, moines et responsables. À ce moment-là, Dodrupchen Rinpoché, Jigmé Tenpi Nyima, présenta à Amnyi Khenpo Tamcheu une longue katha et le nomma au rôle de gekou pour une durée de trois ans. Dans un monastère, le rôle de gekou est la tâche la plus lourde, car elle implique l’entière responsabilité de l’organisation du monastère, dans tous les domaines, aussi bien spirituels que matériels.

Ne voulant pas assumer cette tâche, qui était complètement à l’opposé de ses aspirations, Amnyi Khenpo Tamcheu rassembla ses affaires et s’enfuit du monastère. Il marcha longtemps, jusqu’à rejoindre une forêt isolée, où il s’installa pour continuer sa pratique solitaire.

Lorsque son départ fut connu, l’entourage du monastère s’inquiéta profondément. Beaucoup dirent qu’il fallait en informer Dodrupchen Jigmé Tenpi Nyima, car aller à l’encontre de la parole de son maître était considéré comme extrêmement grave et constituait un endommagement sérieux des samayas. Informé de la situation, Dodrupchen Rinpoché répondit simplement, avec un grand calme : « Ne vous inquiétez pas. Amnyi Khenpo Tamcheu connaît profondément le sens des samayas. Les siens sont purs. Il reviendra. »

Pendant ce temps, dans la forêt, Amnyi Khenpo Tamcheu alluma un petit feu, prépara du thé et fit une offrande aux protecteurs. Puis il s’apprêta à commencer la pratique du guru yoga, qu’il accomplissait quotidiennement. Il ouvrit son texte… et s’arrêta. À cet instant, il réalisa qu’en quittant le monastère, il était allé à l’encontre de la parole de son maître et qu’il n’y avait donc plus de pratique authentique possible, plus de refuge véritable, plus de lien vivant avec la voie. Immédiatement, il referma son texte, rassembla ses affaires et repartit à pied vers le monastère.

De retour auprès de Dodrupchen Rinpoché, il fit une confession complète et sincère, puis accepta pleinement la fonction de gekou. Alors que cette charge devait durer trois ans, il la remplit finalement pendant six années, choisissant volontairement de la prolonger afin de réparer son manquement initial.

Cette histoire montre que lorsque l’on a réellement compris le sens profond des samayas, il devient impossible d’aller à l’encontre de la parole du maître.

 

RECITS ILLUSTRANT LE SENS DES SAMAYAS

Comme pour la relation au maître, le sens des samayas demeure quelque chose de très difficile à comprendre pour les Occidentaux. Bien que nous ayons accès à de nombreux ouvrages, comme les biographies de maîtres ou de grands accomplis du passé, cela nous parait souvent lointain, à l’image d’une fixion, tant cela est éloigné de notre réalité. Il existe ainsi un écart considérable entre la compréhension livresque ou intellectuelle et la réalité vécue de ce lien. C’est aussi pour cette raison que, bien souvent, certains moyens ne sont pas utilisés par les maîtres en Occident. Il ne s’agit pas d’un refus, mais d’une question de capacité. Lorsque la dévotion, la confiance et la compréhension ne sont pas suffisamment présentes, ces moyens ne peuvent être utilisés, au risque de devenir négatif pour le maître, le Dharma et le pratiquant en lui faisant perdre la foi.

Ces récits contemporains, permettent d’entrevoir plus concrètement comment les samayas sont compris et vécus dans le contexte tibétain. Le sens de ces récits n’est pas d’inquiéter ou de choquer le lecteur, car, encore une fois les maîtres avertis n’adopteront jamais un tel comportement avec les Occidentaux qui n’ont en pas les capacités. Il s’agit plutôt d’ouvrir à une meilleure compréhension qui, pour certains pratiquants amènera une vue plus profonde et vaste des samayas.

Premier récit 

Namtrul Rinpoché, était un maître reconnu dans tout le Dokam pour la grandeur de sa réalisation. Unit à la grande dakini Kandro Taré Lamo, fille du grand maître Apang Terton, ensemble, ils dirigeaient le monastère de Nyanlong, dans la région de l’Amdo.

Un jour, lors d’un enseignement donné par Namtrul Rinpoché, une vaste assemblée était réunie, composée de plus de trois cent moines, ainsi que de nombreux lamas venus d’autres régions.

Au cours de l’enseignement, Namtrul Rinpoché se tourna soudain vers les deux gekous, les moines en charge de toute l’organisation matérielle et spirituelle du monastère, Kunzang et Djikmé Randrol. Il les désigna alors du doigt et déclara publiquement : « Ceux-là ont volé l’argent du monastère. » À cet instant, une profonde honte s’empara d’eux. Tous les regards se tournèrent vers eux, et ils se retrouvèrent exposés devant l’ensemble de l’assemblée. Bien sûr, cette accusation n’avait aucune véracité. Il s’agissait d’une provocation délibérée, une activité spontanée de Namtrul Rinpoché, destinée à tester la pureté de leurs samayas. En les accusant publiquement d’avoir volé l’argent du monastère, il observait simplement leur réaction. Tous deux restèrent figés. Plus tard, l’un d’eux raconta : « J’étais si honteux que, si j’avais pu me dissoudre, je me serais dissous. » Cependant, à aucun moment une pensée négative ne s’éleva dans leur esprit envers le maître. Il n’y eut ni irritation, ni colère, ni sentiment d’injustice, ni remise en question de sa parole. Au contraire, ils se dirent intérieurement que, si le maître agissait ainsi, c’était nécessairement qu’il y avait là un sens profond : peut-être un obstacle à dissoudre, une purification à accomplir par ce moyen. À aucun instant leur esprit ne se détourna du maître, ni ne se teinta de doute ou de négativité à son égard.

Bien plus tard, Namtrul Rinpoché donna cet exemple pour expliquer que de tels disciples étaient réellement aptes à recevoir les enseignements du Dzokchen. En effet, pour un maître, transmettre le Dzokchen revient à donner son propre cœur. Ce n’est pas une transmission ordinaire : c’est offrir l’essence même de sa réalisation. Pour cette raison, le maître doit éprouver ces disciples pour être absolument certain de la pureté de leurs samayas, lesquels reposent sur une foi envers lui hors du commun.

Deuxième récit 

Dans un autre récit, Do Khyentsé Rinpoché se rendit auprès de Namtrul Rinpoché, accompagné de Tulku Tsochong. Ils venaient lui adresser la requête de révéler une prière du  Lama Gyangbot, l’« appel au lama de loin ».

Au moment où ils formulèrent leur requête, accompagnée d’offrandes, une Khata, une bouteille d’alcool, un récipient orné des huit signes auspicieux contenant de précieuses médecines, Namtrul Rinpoché entra soudainement dans une grande colère. Il manifesta une fureur intense, en apparence totalement injustifiée, et s’exclama : « Que de désirs vous avez tous les deux ! Des prières du Gyangbot, il y en existe des milliers, et vous en voulez encore une de plus ! »

Tous deux restèrent figés, incapables de prononcer le moindre mot. Puis, Tulku Tsochong, submergé par la peur, s’enfuit. Do Khyentsé Rinpoché, lui, resta seul profondément intimidé. Namtrul Rinpoché toujours en colère, regarda autour de lui cherchant alors un objet à lui lancer. Son regard se posa tout d’abord sur une statue en bronze de Dorjé Pamo, Vajrayogini qui se trouvait devant lui. A cet instant, Do Khyentsé Rinpoché pensa : « S’il me lance cela, je mourrai sur-le-champ. » Finalement, Namtrul Rinpoché se saisit de son étui à lunettes et le lança sur lui avec force. Do Khyentsé resta sans bouger, avec une dévotion intacte, pensant simplement : « Si le maître agit ainsi, c’est qu’il y a forcément un sens. Peut-être un obstacle lié à notre pratique ou à notre vie qui doit être purifié de cette manière. » Plus tard, après cet épisode, ils pensèrent qu’ils n’obtiendraient jamais cette prière. Pourtant, quelque temps après, Namtrul Rinpoché leur envoya cette prière du Gyangbot.

Comme c’est souvent le cas dans les textes révélés, le nom des disciples ayant formulé y est mentionné. Cette prière existe encore aujourd’hui, attestant que cette épreuve n’était qu’un test profond de leurs samayas. Et comme le dit  Do Kyentsé Rinpoché : « Pour le disciple qui possède une foi authentique, la colère du maître est la meilleure des protections. »

Troisième récit

Un autre récit, relate cette fois, l’activité d’un des maîtres de Do Khyentsé Rinpoché, Lama Rikdzin Nyima. Lama Rikdzin Nyima était un très grand maître du Dzokchen est le maître de Namtrul Rinpoché et Kandro Taré Lhamo.

Lama Rikdzin nyima  avait pour habitudes chaque années de donner dans son monastère, la transmission du Chemin de la Grande Perfection de Patrul Rinpoché. A cette occasion, de nombreux moines et lamas restaient pendant plus d’un mois à recevoir les enseignements.

Lama Rikdzin Nyima possédait un khatanga, l’un des attributs de Guru Rinpoché semblable à une lance. Il s’agissait d’un support sacré particulièrement précieux, offert par Dodrupchen Rinpoché, avec qui il partageait un lien très profond depuis l’enfance.

À un moment donné, sans raison apparente, Lama Rikdzin Nyima se saisit du khatanga et le lança soudainement dans l’assemblée. Il atteignit un moine nommé Tokdrol, le frappant à la tête. L’impact lui ouvrit une plaie, du sang se mit à couler, et il perdit connaissance.

Lorsqu’il reprit ses esprits, sa première réaction fut d’exprimer une profonde dévotion. Il déclara devant l’assemblée : « Aujourd’hui, parmi tous ceux qui sont ici, c’est moi qui ai reçu le plus de bénédictions. »

Un tel récit peut profondément choquer un esprit occidental. Pourtant, dans ce contexte, il s’agit de moyens habiles utilisés, dans certaines circonstances et pour certains disciples, afin de révéler directement la nature de l’esprit.

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